
Que valent les laitages infantiles?
Quand nous parcourons les rayons des supermarchés et notamment des laitages, l’offre pour le consommateur est grande et les nouveaux produits fleurissent régulièrement. Les entreprises se multiplient, du produit artisanal en passant par le bio, nous avons l’embarras du choix !

D’après Éric Vernette, ancien président de l’Association française du marketing et professeur de marketing à la Toulouse School of Management, le marketing détecte les besoins du consommateur pour réaliser le produit adéquat et met en oeuvre toutes les techniques de l’entreprise qui dirigent le flux des biens. En gros, on joue sur les emballages afin d’attirer le chaland et lui faire acheter tel ou tel article. Plus le prix moyen d’un caddie est élevé, plus les directeurs de supermarchés et les fabricants s’y retrouvent…normal.
On achète un bel emballage, un packaging coloré ou tout simplement on fait confiance aux grandes marques « ils nous proposent forcément des produits sains puisque c’est une marque ». Aujourd’hui, nous vivons dans un univers concurrentiel tel que les laboratoires regorgent d’idées novatrices pour satisfaire pleinement les besoins de chacun. Il faut rester le plus compétitif possible pour vendre au meilleur prix et ainsi toucher une plus large communauté.
On pourrait alors se poser la question de la qualité des matières premières utilisées: est ce qu’on nous vend du rêve, ou les produits sont-ils réellement adaptés à nos besoins ? Et surtout, respectent-ils l’équilibre nutritionnel ?
Suite aux questionnements de ma mère concernant certains aliments (elle est assistante maternelle), je me suis penchée sur une catégorie de produits qui nous touchent particulièrement puisqu’ils concernent nos enfants: les fameux laitages infantiles adaptés à leurs besoins nutritionnels.
Quel yaourt doit-on donner à nos bébés ?
Cet article n’a pas pour but de dénigrer certains produits mais seulement à vous informer de ce qu’il peut y avoir dedans, et bien sûr, les besoins nutritionnels de nos bambins peuvent être différents.

Coté bébé
Tout d’abord, il faut savoir que les industriels ne peuvent pas faire n’importe quoi quant à la fabrication d’un aliment pour bébé, puisqu’ils sont soumis à la réglementation relative à la nutrition infantile (Directive 2006/125/CE). Nous savons tous qu’un bébé n’a pas les mêmes besoins à 6 mois qu’à 5 ans. Au moment de la diversification alimentaire, les produits laitiers ne peuvent remplacer qu’en partie le lait infantile (2ème âge ou lait de suite).
Nous ne parlerons donc pas ici des pourcentages de nutriments présents mais plutôt des ingrédients en tant que tels ! Mettons donc de côté cet aspect nutritionnel qui fera peut-être l’objet d’un prochain article, ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est de savoir ce que les entreprises mettent dedans.
Je suis donc allée faire un petit tour dans le supermarché du coin pour voir ce qu’on y trouve. Je constate que Nestlé® et Blédina® ont le monopole sur le sujet et que les offres sont plutôt variées.
DE 0 À 4 MOIS RÉVOLUS
Pas de questions à se poser puisque les autorités de santé recommandent un allaitement exclusif au lait maternel ou lait infantile (1er âge) jusqu’à 4 mois. Cette seule alimentation suffit à couvrir les besoins nutritionnels du nourrisson.
Si votre enfant a des coliques régulièrement ou qu’il souffre de digestion difficile, pensez à la tisane de mélisse ! Celle-ci agira rapidement sur ses spasmes digestifs : Faites infuser une pincée de mélisse dans une tasse d’eau chaude pendant 10 minutes, filtrez puis attendez que ca refroidisse quelques minutes. Ensuite, incorporez 1 à 2 cuillères à café de cette préparation dans le biberon.
➡️ Feuilles de mélisse
DE 4-6 MOIS À 1 AN
NESTLÉ P’tit Brassé Mini Saveur Nature sucré


Analyse des ingrédients du laitage:
Lait entier: 91%. Jusque là tout va bien. Le lait entier contient toutes ses matières grasses, il est donc plus riche et donne une texture plus ferme et onctueuse aux yaourts. Il apporte également aux bébés des vitamines A et D nécessaires à sa croissance. Dans un pot (60 g), il y a donc 54.6 g de lait entier.
En lisant certains articles concernant les laitages infantiles, on lit qu’ils sont « fabriqués avec du lait infantile, dont la teneur en protéines est réduite. »
Qu’en est-il alors pour celui-ci? Pourquoi ne mettent-ils pas du lait infantile dans ce dessert? Et pourquoi ces notions ne sont-elles pas indiquées dans la liste des ingrédients? Je trouve cela un peu trompeur pour les consommateurs….
Sucre: 2ème ingrédient après le lait. Là se pose l’éternelle question qui divise et fâche: à quoi ça sert ? D’autant plus que le sucre rajouté ici est tout bonnement du saccharose, du sucre blanc raffiné (si c’était autre chose ce serait précisé). Le sucre n’étant pas interdit pour les enfants, c’est son excès et sa fabrication qui en sont dangereux.
Petit rappel sur le raffinage du sucre:
C’est le processus qui permet de passer du sucre de canne brut (rapadura) au sucre de canne blanc ou de la betterave au sucre blanc, en passant par des procédés complexes, physiques et chimiques.
Rapadura → sucre de canne blanc
Sucre de la betterave → sucre blanc (saccharose)

Le sucre de canne blanc constitue 4 % des sucres commercialisés en France. La majorité du sucre commercialisé est donc du sucre blanc issu du raffinage de la betterave par carbonatation (saccharose). Pour faire simple, on ajoute à l’extrait de sucre de la betterave de la chaux carbonatée pour faire coaguler les protéines, éliminer les impuretés, décolorer le sucre afin d’obtenir un produit chimiquement pur répondant à la réglementation, et modifier la structure chimique de la molécule. Un peu complexe me direz-vous ? Surtout que ce processus de raffinage élimine une grande majorité des nutriments présents dans le sucre de betterave, notamment des protéines, vitamines, minéraux et oligo-éléments. Bref, le résultat de ce processus chimique n’apporte donc que le « goût » sucré au saccharose et devient même un produit néfaste pour notre organisme.
Revenons à nos moutons → un pot de Nestlé P’tit Brassé (60 g) contient 6.6 g de glucides (dont 5.1 g de sucre) ce qui correspondant à environ 8% du produit. C’est énorme !
Amidon transformé: Qu’est ce que c’est ?
D’après le site Génie Alimentaire, ces amidons issus du tapioca, du maïs, du blé ou de la pomme de terre « ont subi des modifications physiques, enzymatiques ou chimiques en vue d’améliorer leurs propriétés intrinsèques. Ces modifications visent à conserver leurs propriétés texturantes ou leur rôle d’épaississants sous des températures excessives ou dans les milieux acides au cours des procédés de transformations des aliments.«

Concrètement, ces amidons (normalement naturels) sont chimiquement modifiés pour être résistants à des températures très élevées et permettent ainsi une bonne stabilité du produit final, ils servent essentiellement à apporter une viscosité et une épaisseur au dessert lacté. Voilà donc le pourquoi du comment.
Sur l’emballage est précisé la mention « sans gluten » , et n’ayant pas d’informations complémentaires sur ces amidons, on en déduit qu’ils ne sont pas issus du blé.
Cependant, les mises en garde contre ces amidons modifiés sont claires et on déclare qu’ils peuvent être néfastes pour les personnes au terrain allergique, et à éviter fortement pour les personnes intolérantes au gluten!
Mais d’où viennent donc ces cultures d’amidon intensives? De cultures OGM??
On n’en saura pas plus pour ces pots Nestlé®.
Protéines de lait:
On distingue 2 types de protéines de lait
- Les protéines de sérum également appelées protéines sériques (≤ 20% des protéines totales de lait) → protéines que l’on trouvent dans le sang (entre autres, l’albumine)
- La caséine (≥ 80%)
Dans le lait de vache, on trouve environ 3.2% de protéines (les exigences européennes obligent un pourcentage minimum de 2.9% après transformation, quand il est écrémé notamment).
Les protéines sont essentielles et fournissent à l’organisme l’énergie nécessaire à son fonctionnement mais aussi à la croissance des muscles et à la défense contre les maladies. De plus, elles sont notre seule source d’azote qui est un constituant important, entre autres, de l’ADN.
Mais attention! Les protéines ne doivent pas être présentes en grande quantité pour les enfants ce qui engendrerait une surcharge au niveau rénale et provoquer des complications.
Je me pose alors une question: Puisque le lait de vache contient trop de protéines pour les enfants en bas âge, pourquoi fabrique-t-on ce dessert à base de cela et pourquoi rajoutent-ils des protéines de lait ??
Pour en avoir le cœur net, je décide de contacter le service consommateur de la société Nestlé® France afin de les questionner sur ce sujet.
Leur réponse ⇒ Pour eux, le lait de vache ne contient pas de protéines en quantité trop importante et ils en rajoutent pour aider la croissance des enfants. Je reste un peu sceptique face à cet interlocuteur qui ne connaissait pas trop le sujet…
Épaississant: pectine
La pectine est une substance mucilagineuse contenue dans de nombreux végétaux et notamment dans les algues et la pomme.
En industrie, la molécule est extraite des plantes et des fruits, et modifiée chimiquement, son nom de code est le E440.
N’ayant pas plus d’indication concernant cet additif, je ne peux en conclure si cette pectine est naturelle ou non.

Concentré de minéraux du lait :
Le lait de vache est riche en minéraux tels que le calcium, le potassium, le sodium, le fer, le magnésium et le phosphore.
Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?
Ce dessert contient DÉJÀ du lait entier riche en minéraux, on y rajoute des concentrés de minéraux ainsi que d’autres minéraux tels que le citrate de magnésium et le sulfate de zinc. Peut-être est-ce dû à la perte nutritionnelle que subit le lait lors de sa pasteurisation pour qu’il puisse se conserver à température ambiante ?
→ ils ne sont pas très bavards chez Nestlé®
Ferments lactiques (lait)
Les laitages pour bébés ont la particularité de se conserver à température ambiante. C’est la raison pour laquelle ils ne peuvent recevoir l’intitulé « yaourt » : la pasteurisation des laits fermentés, nécessaire à ce mode de conservation, supprime les ferments lactiques contenus d’ordinaire dans un yaourt (Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus) et qui conditionnent l’appellation « yaourt ». C’est sûrement pour cela que des ferments lactiques sont ajoutés à la composition de ces produits.
Arôme naturel (lait)
????????? Des rajouts d’arômes de lait? Quesako?
Visiblement, les industriels ont plus d’un tour dans leur sac pour fidéliser leurs consommateurs. Même les bébés ont le droit de déguster ces succulents arômes rajoutés, afin de bénéficier d’une concentration d’arômes intenses (bah oui, ce dessert si modifié en a perdu son goût initial…)
Je ne sais pas pour vous, mais moi je reste sceptique face à tous ces ingrédients !
Blédina – Les Brassés Nature sans sucres ajoutés


Analyse des ingrédients:
Lait écrémé et petit-lait fermentés réhydratés 75 %: ici on utilise du lait écrémé au lieu du lait entier chez Nestlé. Le taux de matières grasses doit donc être inférieur.
Le nom scientifique du petit-lait est le lactosérum, c’est le liquide blanchâtre qui résulte du caillage (coagulation) du lait. ici, le petit-lait fermenté joue un rôle de probiotiques puisqu’il contient des souches bactériennes différentes du lait traditionnel.
Eau: pour l’onctuosité du dessert
Crème (lait): on écrème le lait pour y rajouter de la crème par la suite ? J’ai du mal à comprendre le processus → j’appelle le service consommateur de chez Blédina® → j’attends toujours qu’on me rappelle… Bref..affaire à suivre.
Amidon transformé de maïs: même topo que chez Nestlé, à la différence qu’ici le type d’amidon est précisé. On est sur un produit sans gluten.
Arômes naturels: encore ces arômes !
Les papilles de nos jeunes bambins sont mises à rude épreuve !
Acidifiant: acide citrique: cet acide se trouve en abondance dans le citron. C’est pour ça que le citron est réputé pour être un conservateur naturel et qu’il évite l’oxydation (mettez du jus de citron sur une pomme coupée et elle ne noircira pas…). Mais aujourd’hui, l’acide citrique peut également être produit industriellement (> 1 million de tonnes chaque année). Ce dernier est utilisé comme exhausteur de goût et régulateur alimentaire de pH.
Alors, acide naturel ou synthétique??

Épaississant: farine de graines de caroube
Ici, pas de pectine mais de la gomme de caroube. La graine de caroube pousse sur un arbre qui s’appelle le caroubier, et sa farine est blanche et dépourvue de saveur. C’est un aliment qui ne contient pas de gluten donc non allergisant. En industrie, il est connu sous le nom de E410.

Émulsifiant: monodiglycérides de colza
Le E471 est composé de mono et diglycérides d’acides gras de graines de colza. Dans cette recette, ces agents sont utilisés comme gélifiant pour incorporer l’eau citée ci-dessus (présente en grande quantité) et permettent d’obtenir une texture plus ferme et un taux de matière grasse plus faible.
Vitamine C: en espérant qu’elle soit naturelle….mais j’en doute, sinon ce serait indiqué.
Mais au fait, où est passé le sucre ?? comme quoi, on peut s’en passer !!!

Conclusion
Au vu de ces 2 analyses, j’en conclus que rien ne vaut un bon petit fromage blanc traditionnel (sans sucre) ou encore mieux : faire soi-même ses desserts !
Bien-sûr, les yaourts faits maison ne doivent pas contenir de rajout inutile de sucre ou autres saveurs chimiques qui pourraient perturber le sens du goût de votre enfant.
Quand on sait ce qu’on met dedans, c’est plus rassurant.
Certaines me diront « je n’ai pas le temps d’en préparer à la maison » !
Pensez à la yaourtière qui est une aide précieuse. Il ne vous faudra pas plus d’une minute pour préparer un mélange de lait et ferments lactiques (un yaourt) et de les verser dans les petits pots fournis, votre machine fera le reste.
Voici une liste non exhaustive de yaourtières ultra faciles d’utilisation ainsi que la recette du yaourt traditionnel:
Recette de yaourt à la yaourtière
- 1 L de lait
- 1 yaourt au bifidus
- 2 cuillères à soupe de lait en poudre afin qu’ils soient plus fermes
Mélanger le yaourt afin de le rendre liquide.
Ajouter le lait ainsi que le lait en poudre
Verser dans les pots et faire cuire le temps indiqué sur la notice de votre yaourtière (en moyenne 10 heures).
BON APPÉTIT
♦ Entrez dans la tisanerie ♦


5 commentaires
Ping :
dieu osika
vous oubliez de préciser que ces produits laitiers ne contiennent ni fer ni vitamine D ni oméga 3 et 6 et sont équivalents aux yaourts « adultes » vendus moins chers du fait d’un packaging « bébé »
Ping :
Ping :
hellosante
Vous pouvez lui donner des fromages blancs natures dès que vous commencez à élargir son alimentation.
Pas de yaourts spécifiques pour enfants, des fromages blancs individuels tout simples.